Caroline la putain

Arrangement hp : Xavier Hubaut
Caroline:  

1. Amis, copains, versez à boire,
Versez à boire et du bon vin
Tintin, tintin, tintaine et tintin,
Je m'en vais vous conter l'histoire
De Caroline la putain
Tintin, tintaine et tintin.

4. À quatorze ans, suçant des pines,
Elle fit son éducation...
A dix-huit ans, dans la débine,
Ell' s'engagea dans un boxon...

7. Elle voulut aller à Rome
Pour recevoir l'absolution...
Le pape était fort bien à Rome
Mais il était dans un boxon...

9. Et la serrant entre ses cuisses,
Il lui donna l'absolution...
Il attrapa la chaude-pisse
Et trent'-six douzain's de morpions...

2. Son père était un machiniste
Au Théâtre de l'Odéon,
Tonton, tonton, tontaine et tonton
Sa mère était une fleuriste
Qui vendait sa fleur en bouton
Tonton, tontaine et tonton.

5. À vingt-quatre ans, sur ma parole
C'était une fière putain...
Elle avait foutu la vérole
Aux trois quarts du Quartier-Latin...

3. Elle perdit son pucelage
Le jour d' sa premièr' communion...
Tonton, tonton, tontaine et tonton
Avec un garçon de son âge
Derrièr' les fortifications...
Tonton, tontaine et tonton.

6. Le marquis de la Couillemolle
Lui fit bâtir une maison...
A l'enseign' du morpion qui vole
Une belle enseign' pour un boxon...

8. Et s'adressant au grand vicaire,
Ell' dit: "J'ai trop prêté mon con"...
"Si tu l'as trop prêté ma chère,
A moi aussi prête-le donc"...

10. Elle finit cette tourmente
Entre les bras d'un marmiton...
Elle mourut la pine au ventre
Le con tendu jusqu'au menton...

11. Et quand on la mit dans la bière,
On vit pleurer tous ses morpions...
Et quand on la mit dans la terre,
Ils entonnèr'nt cette chanson...
L'illustration est extraite de Chansons Cochonnes Chansons estudiantines traditionnelles adaptées
en bandes dessinées par L-M CARPENTIER - MALIK - JIDÉHEM - KOX couleurs LAURENT album 48 pages
cartonné couleur format 22-29cm
Editions Topgame


En 1770, Marion de Mersan composa, sur un air de cor, une chanson intitulée Ton ton, tontaine, ton ton. Les héros en sont de joyeux chasseurs dont la devise est : "Jamais le plaisir ne nous lasse. Il est bon en toute saison."
Chacun cependant chasse a sa maniere, le vieux s'intéresse aux bécasses, le jeune à un gibier mignon. Et "quand un bois de cerf l'embarrasse, chez sa voisine, sans façon, bien discrètement il le place sur la téte d'un compagnon".
Pour finir, on se retrouve et on " boit à pleine tasse au grand saint Hubert, son patron.

D'après le Professeur Hurdon (aka Jean-Charles) dans 69 chansons d'étudiants.

Le thème de la chanson se retrouve déjà en 1560 dans le Cincquiesme livre de chansons composé à troys parties et est reprise dans Le gai chansonnier français de 1886.
1. Vous marchez du bout du pied,
Marion, Marionette
Vous marchez du bout du pied,
Marion, Marion.

3. Elle a rensconstré le prestre.
Marion, Marionette
Demanda confession,
Marion, Marion.
2. Marion s'en va à Rome,
Marion, Marionette
C'est pour acquérier pardon,
Marion, Marion.

4. Se voulez que vous confesse,
Marion, Marionette
Mettez vous a genoulion (*)
Marion, Marion.
5. Le plus grand péché que sache,
Marion, Marionette
C'est d'avoir presté mon con,
Marion, Marion.
(*) genoulion, genoilon, genillon, ginellon, genoillon sont quelques unes des nombreuses variantes désignant le genou appelé à l'époque genol

On y retrouve ainsi les couplets 7 et 8 de la version actuelle qui est enjolivée par le couplet 9.
Remarquons que Marion va fort loin (jusqu'à Rome) pour trouver un simple "prestre"; était-ce l'autocensure de l'époque ?

Les deux vers:
Le pape était fort bien à Rome
Mais il était dans un boxon

sont une claire allusion à la main-mise des autorités catholiques sur la prostitution. La variante bien pensante remplaçait à l'époque "il était dans un boxon" par "il était en Avignon"

Saint-Thomas d'Aquin mentionnera que des moines perpignanais organiseront une collecte pour ouvrir un nouveau bordel dont ils vantaient le mérite: "œuvre sainte, pie et méritoire".
On voit même, en 1510, le pape Jules II ordonner la construction d'un lupanar réservé aux seuls Chrétiens !...

Le côté anticlérical de cette chanson est confirmé par le nom de son héroïne: Marie-Madeleine que l'on retrouve à la page 392 de l'Anthologie hospitalière et latinesque:
Marie-Mad'leine s'en fut à Rome,
Pour implorer son pardon, on-on, on-on
Le pape était bien à Rome,
Mais il était au boxon, ...

"Ah, mon père, j'ai bien péché;
Aux hommes, j'ai prêté mon con, ...

Le grand vicaire se couch' dessus,
Lui en fout six pouces de long, ...

On y foutrait la Madeleine,
La Bastille et le Panthéon, ...

Trois régiments d'artillerie
Avec leurs pièces de canon, ...

Et le sergent de semaine,
Ses carnets et ses crayons, ...

Tiens donc bon, Marie-Madeleine,
Tiens donc bon, Marie-Madelon



"Puisqu'à d'autres tu l'as prêté
A moi, le prêteras-tu donc ? ...

Nom de Dieu, dit la gonzesse,
Tu as le vit comme un cochon, ...

Un régiment d'infanterie,
La baïonette au canon, ...

Tous les pontonni-ers de France,
Et leurs équipages de ponts, ...

Il y aurait encor' d' la place,
Pour y foutr' mes deux roustons, ...
Le pape était bien à Rome,
Mais il était au boxon, on-on, on-on
Il n'y avait qu' son grand vicaire
Qui se chauffait les roustons, ...

Madeleine se couch' par terre
Fout son cul à l'abandon, ...

C'est toi, vénérable garce,
Qui as le con trop profond, ...

Deux régiments de caval'rie,
Avec leurs cinq escadrons, ...

Le caporal d'ordinaire,
Ses légumes et ses oignons, ...

Et ajoutant, sacrée pétasse,
Du Rictus(1), tout' la rédaction, ...
(1) Couplet ajouté le 24 mai 1910 par Rictus en personne; Jehan Rictus, pseudonyme de Gabriel Randon, (1867-1933) était un poète célèbre par ses œuvres écrites en langage populaire.


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