Chevaliers de la table ronde




Harmonisation : Robert Ledent
Chorale de l'ULB
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toots
Toots Thielemans & la Chorale de l'ULB

1. Chevaliers de la table ronde,
Goûtons voir si le vin est bon;
} (bis)
Goûtons voir, oui, oui, oui,

Goûtons voir, non, non, non,
Goûtons voir si le vin est bon.


2. J'en boirai cinq à six bouteilles,
Une femme sur les genoux;
Une femme, oui, oui, oui...

3. Et si le tonneau se débonde,
J'en boirai jusqu'à mon loisir;
J'en boirai, oui, oui, oui...

4. Et s'il en reste quelques gouttes,
Ce sera pour nous rafraîchir;
Ce sera, oui, oui, oui...

5. Mais voici qu'on frappe à la porte
Je crois bien que c'est le mari;
Je crois bien, oui, oui, oui...
6. Si c'est lui, que le diabl' l'emporte
Car il vient troubler mon plaisir;
Car il vient, oui, oui, oui...

7. Si je meurs, je veux qu'on m'enterre
Dans une cave où y a du bon vin;
Dans une cave, oui, oui, oui,...

8. Les deux pieds contre la muraille
Et la tête sous le robin;
Et la tête, oui, oui, oui...

9. Et mes os, de cette manière
Resteront, imbibés de vin;
Resteront, oui, oui, oui...

10. Et les quatre plus grands ivrognes
Porteront les quatr' coins du drap;
Porteront, oui, oui, oui...

11. Sur ma tomb', je veux qu'on inscrive
Ici gît le roi des buveurs;
Ici gît, oui, oui, oui...

12. La morale de cette histoire
Est qu'il faut boire avant d' mourir;
Est qu'il faut, oui, oui, oui...

digue

32 Chansons à boire, éd.Grimaud


Chevaliers de la table ronde, la plus classique des chansons à boire !

Et pourtant, nous ne trouvons aucune trace avant 1930, date à laquelle elle est enregistrée par Stello. En 1933, elle figure sous ce titre dans Chansons gaillardes et bachiques du Quartier Latin publié dans la Collection d'Histoire Anecdotique.

En voici le texte :

1. Chevaliers de la Table ronde
Goûtons voir si le vin est bon
Goûtons voir, oui, oui, oui,
Goûtons voir, non, non, non,
Goûtons voir si le vin est bon.


2. J'en boirai cinq à six bouteilles,
Une femme sur les genoux,..

3. Toc, toc, toc, qui frappe à la porte ?
Je crois bien que c'est mon mari...

4. Si c'est lui que le diable l'emporte !
Car il vient troubler le logis...

5. Si je meurs, je veux qu'on m'enterre
Dans une cave où y a du bon vin...

6. Les deux pieds contre la muraille,
Et la tête sous le robinet...

7. Et mes os de cette manière
Resteront imbibés de vin...

Mais où interviennent ces fameux Chevaliers de la Table Ronde ?

Présents au premier couplet, au deuxième il n'en reste peut-être qu'un seul(avec une femme sur les genoux) et ensuite, on n'en entend plus jamais parler !
De plus, au troisième couplet suivant on lit "Je crois bien que c'est mon mari". Il s'agit donc d'une femme qui boit du vin !

Or en effet, un thème courant de la chanson populaire est celui de la femme - ou la fille - ivrogne.

Dans le tome 4 de Recueil de chansons populaires par Rolland (1887), on découvre une chanson mentionnée sous le titre "La vieille à qui le médecin ordonne de ne plus boire de vin".

Elle comporte 4 couplets:

1. C'est la vieille Mathurine
Qui a tant aimé le vin ; {bis)
Elle a été si malade
Qu'il lui faut un médecin.
Tintin, tirlitintine,
Tintin, tirlitintin.


2. Le médecin lui ordonne
De ne plus boire de vin. {bis)
- J'en ai bu toute ma vie,
J'en boirai jusqu'à la fin.
Tintin, tirlitintine,
Tintin, tirlitintin.


3. Si je meurs, que l'on m'enterre
Dans la cave où est le vin ;{bis)
Les pieds contre la muraille
La tète sous le robin.
Tintin, tirlitintine,
Tintin, tirlitintin.


4. Qu'on écrive sur ma tombe
En caractères bien fins :
C'est la vieille Mathurine
Qui a tant aimé le vin !
Tintin, tirlitintine,
Tintin, tirlitintin.


On la retrouve également avec 6 couplets dans la revue "La Tradition" de 1900.
À l'époque, 1903, elle est encore chantée en Savoie et dans le Dauphiné dans une version amplifiée totalisant 10 couplets ; c'est Marguerite qui remplace Mathurine :

1. Marguerite elle est malade,
Il lui faut le médecin.
Marguerite elle est malade,
Il lui faut, ho, ho,
Il lui faut le médecin.

2. Médecin par sa visite
Lui a défendu le vin.
Médecin par sa visite
Lui a dé, hé, hé,
Lui a défendu le vin.

3. Médecin, va-t'en au diable,
Puisque tu défends le vin!
Médecin, va-t'en-t-au diable,
Puisque tu, hu, hu,
Puisque tu défends le vin!

4. J'en ai bu toute ma vie,
J'en boirai jusqu'à la fin.
J'en ai bu toute ma vie,
J'en boirai, hé, hé,
J'en boirai jusqu'à la fin.

5. Si je meurs, que l'on m'enterre
Dans la cave où y-a du vin.
Si je meurs, que l'on m'enterre
Dans la ca, ha, ha,
Dans la cave où y a du vin.

6. Les pieds contre la muraille,
La tête sous le robin;
Les pieds contre la muraille
Et la tê, hé, hé,
La tête sous le robin.

7. S'il en tombe quelques gouttes,
Ça sera pour me rafraîchir ;
S'il en tombe quelques gouttes,
Ça s'ra, ha, ha,
Ça s'ra pour me rafraîchir.

8. Mais si le tonneau s'enfonce,
J'en boirai à mon plaisir;
Mais si le tonneau s'enfonce,
J'en boirai, hé, hé,
J'en boirai à mon plaisir.

9. Les quatre les plus ivrognes
Porteront les coins du drap;
Les quatre les plus ivrognes
Porteront, hon, hon,
Porteront les coins du drap.

10. Et le restant des ivrognes
Chanteront le Libéra,
Et le restant des ivrognes
Chanteront, hon, hon,
Chanteront le Libéra.

Mais bien plus tôt, en 1729, la chanson figure dans le volume 4 du Nouveau recueil de chansons choisies !
Comme pour la plupart des chansons transmises oralement, l'air mentionné est totalement différent de celui chanté actuellement.

1729

Voici les deux premiers couplets, avec l'orthographe de l'époque:

1. Catherine s'est coeffée
De six bouteiles de Vin.
Elle en est au lit malade
Il lui faut le Médecin.
Tin-tin-tin-tin-re-lin-tin-tin.

2. Elle en est au lit malade
Il lui faut le Médecin.
Le Medecin la visite,
Lui a défendu le Vin.
Tin-tin-tin-tin-re-lin-tin-tin.

D'après sa structure, on constate qu'il s'agit d'une chanson monorime, en -in ; elle est donc probablement antérieure à la Renaissance. On s'en rend mieux compte en l'écrivant sous la forme :

Catherine s'est coeffée
Elle en est au lit malade
Le Medecin la visite,
Oh ! va-t'en à tous les Diables
Si je meurs que l'on m'enterre
Les deux pieds contre la muraille,
On dira que Catherine
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de six bouteiles de Vin.
il lui faut le Médecin.
lui a défendu le Vin....
vilain Chien de Medecin. ...
dans la cave ou est le Vin. ...
la tête sous le robin. ...
a fait une bonne fin. ...

Cela infirme la thèse de plusieurs auteurs, Claude Duneton, Michel Trihoreau, ... qui l'attribuent à des membres de la Société de la Table Ronde qui se réunissait, un peu avant la Révolution, chez la comtesse de Turpin de Crissé. C'est évidemment impossible étant donné les dates ; la Société n'a été créée que bien longtemps après, en 1729 !

Signalons enfin que dans l'ouvrage Chantons le vin de Paul Arma publié en 1942, on trouve encore la chanson sous le titre Le testament de l'ivrogne. L'air n'est pas encore identique à celui des "Chevaliers" mais il en est très proche.


Une remarque : s'il est évident que les hommes buvaient autant, si pas plus, que les femmes, ils ne sont pas oubliés. Il existe une chanson équivalente dont le héros est Valentin. Il s'agit à nouveau d'une chanson fort ancienne du XVe probablement contemporaine de "Catherine s'est coeffée de six bouteiles de Vin".

Valentin


Harmonisation : Robert Ledent

1. Valentin se mit à boire
Cinq à six bouteilles de vin
Le lend'main tombit malade
Fit venir le médecin

Ah! ah! Valentin,
Qu'on nous verse à boire, à boire,
Ah! ah! Valentin,
Qu'on nous verse à boire du vin.


2. Voila le méd'cin venu
Il lui suspendit le vin
"J'en ai bu toute ma vie,
J'en boirai jusqu'à demain"

3. Si je meurs, que l'on m'enterre
Dans la cave où est le vin,
Le robinet à la bouche
Et la cruche dans la main

Revenons-en aux légendaires Chevaliers de la Table Ronde; où se cachent-ils ?
Mais alors d'où viennent nos légendaires chevaliers ? Mystère.

Pourtant, il y a peut-être une explication ; regardez le "titre" de l'extrait de 1729 qui figure plus haut: Ronde de Table. Ne serait-ce pas soit une incompréhension de cette expression, ou bien alors un simple jeu de mots qui date du XXe siècle ?




Dans un tout autre ordre d'idées, la Suisse n'est pas en reste.
Elle a également recueilli cette chanson dans une version un rien "machiste", mais fort amusante.

1. Mes amis de la table ronde,
Dites-moi si le vin est bon ?
} (bis)
...
Dites-moi, oh oui oui oui !
Dites-moi, oh non non non !
Dites-moi si le vin est bon


2. J'en boirai cinq à six bouteilles
Pour ne plus penser qu'à l'amour.
Pour ne plus, oh oui ... etc.

3. Ce n'est pas de l'affaire aux filles
De courir après les garçons.
De courir, oh oui .... etc.

4. Ce n'est pas de l'affaire aux femmes
De gronder toujours leurs maris.
De gronder, oh oui .... etc.

5. Ce n'est pas de l'affaire aux hommes
De rentrer toujours à minuit.
De rentrer, oh oui .... etc.

6. Ecoutez, on frappe à la porte,
Je ne sais si c'est le guet d'nuit.
Je ne sais, oh oui .... etc.

7. Si c'est lui que le diable l'emporte,
Je n'veux pas rentrer avec lui.
Je n'veux pas, oh oui .... etc.