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Nous avons vu comment les nombres complexes avaient été introduits. Ils ont tout d'abord été utilisés sous leur aspect algébrique en les écrivant sous la forme z = x + iy. C'est au 19e siècle que plusieurs mathématiciens tentèrent de leur donner une interprétation géométrique. Il est habituel de représenter les nombres réels comme points d'une droite graduée. Les opérations algébriques y ont leur interprétation géométrique: l'addition est une translation, la multiplication une homothétie centrée à l'origine. La racine carrée prend alors un sens géométrique. Mais qu'en est-il de la racine carrée de nombres négatifs ? En particulier la racine carrée de -1 ? Une homothétie de rapport -1 peut être vue comme une symétrie par rapport à l'origine; toutefois si l'on veut voir cette transformation d'une manière continue, force nous est de placer la droite dans un plan. Dès lors une homothétie de rapport -1 peut être vue comme une rotation de 180° autour de l'origine. Dans ce plan réel toute opération sur les complexes prend un sens géométrique. L'addition z' = z + a correspond à une translation. Quant à la multiplication par un nombre z' = a.z, elle est représentée par une similitude: 0 reste évidemment fixe et 1 est appliqué sur a D'une manière algébrique, il est souvent utile d'écrire le nombre complexe c = a + ib sous la forme z = ρ(cosω + isinω).
x' = ρ.( x.cosω - y.sinω )
y' = ρ.( x.sinω + y.cosω ) La matrice de cette transformation est du type:
où a et b sont précisément les parties réelles et imaginaires de c. Cette représentation matricielle peut, à son tour, être prise comme définition des nombres complexes. Il est évident de définir sur ces matrices l'addition, et la multiplication. De plus toute matrice de ce type possède un inverse ( à l'exception de la matrice nulle ) car a² + b² est toujours positif ( sauf si a et b sont simultanément nuls ).
E =
, I =
La matrice E est la matrice identité et le carré de la matrice I vaut -E. En posant E = 1 et I = i, on retrouve les complexes sous la forme a + i.b: on a bouclé la boucle. Lorsqu'on a obtenu les nombres complexes, une nouvelle idée surgit. Ne peut-on pas recommencer la construction en considérant les mêmes matrices mais où cette fois a et b sont des nombres complexes? Au début tout semble bien marcher. L'addition ne pose pas de problème, et la multiplication fonctionne bien. Toutefois un problème surgit quand il s'agit de prendre l'inverse d'une matrice. On n'a plus la propriété a² + b² = 0 si et seulement si a et b sont simultanément nuls. Par contre dans les complexes le carré du module est un réel positif qui ne s'annule que si le nombre est nul. Dès lors l'idée est de remplacer la fonction a² + b² par a.a* + b.b*, où a* est le conjugué de a. Cela nous conduit à modifier légèrement les matrices et à considérer des matrices à coefficients complexes de la forme: ![]() On obtient alors un corps; toute matrice de ce type possède un inverse sauf la matrice nulle.
E =
,
I = ,
J =
et K =
Le carré de chacune des matrices I, J, K vaut -E et on vérifie que I.J = K = -J.I, J.K = I = -K.J et K.I = J = -I.K. En posant comme plus haut E=1, I = i, J = j et K = k, on obtient les nombres de la forme α + βi + γj + δk qui forment un corps non commutatif. Ce sont les quaternions découverts par Hamilton. Il est curieux de noter qu'Hamilton est arrivé aux quaternions en tentant de généraliser les propriétés des nombres complexes qui, dans le plan, permettent de représenter les similitudes. Il espérait pouvoir représenter les similitudes de l'espace à 3 dimensions à l'aide de nombre du type a + bi + cj; en fait il découvrit non pas des "ternions", mais bien les quaternions. |